Consultant national en appui institutionnel et facilitation pour l'étude macroéconomique sur les adolescentes
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Job no: 594835
Contract type: Consultant
Duty Station: Antananarivo
Level: Consultancy
Location: Madagascar
Categories: Gender Development
Context:
a. Un déficit structurel de capital humain aggravé par les inégalités de genre
Madagascar fait face à un déficit structurel de capital humain qui pèse lourdement sur ses perspectives de développement. L’Indice de capital humain (HCI) de la Banque mondiale s’établit à 0,39, ce qui signifie qu’un enfant né aujourd’hui ne convertira qu’environ 39 % de son potentiel productif à 18 ans, compte tenu des niveaux actuels d’éducation et de santé. Ce déficit s’inscrit dans un contexte de pauvreté monétaire extrême : environ 70 % de la population vit sous le seuil international d’extrême pauvreté de 3,00 USD par jour (2021 PPA, Banque mondiale, 2025), ce qui réduit fortement la capacité des ménages à investir dans l’éducation, la santé et la protection de leurs enfants. Madagascar dispose néanmoins d’une fenêtre d’opportunité : celle du dividende démographique, qui reste sous-exploitée en l’absence d’investissements ciblés dans le capital humain des adolescent·es. La refondation de l’État engagée en octobre 2025 place explicitement le capital humain des jeunes au cœur de la trajectoire de développement national, créant un contexte politique favorable à de tels investissements.
Les inégalités de genre constituent un facteur aggravant de premier ordre. L’Indice d’inégalité de genre (IIG) s’établit à 0,57 en 2025 (PNUD, 2025), ce qui témoigne de la persistance des écarts entre filles et garçons dans toutes les dimensions du développement humain. La vaste majorité des adolescentes se heurte à des obstacles structurels qui compromettent leur développement et leur accès à leurs droits fondamentaux. Ces obstacles ne sont pas seulement une question de droits : ils représentent un coût économique réel, mesurable, et en grande partie évitable.
b. Des privations multiples et cumulatives chez les adolescentes
Les données des MICS 2025 confirment que la deuxième décennie de vie — de 10 à 19 ans — est le moment où les inégalités de genre s’accentuent le plus fortement, générant des privations multiples, cumulatives et interdépendantes qui bloquent l’accumulation de capital humain et perpétuent le cycle intergénérationnel de la pauvreté. Ces privations s’articulent autour de trois dimensions étroitement imbriquées.
Décrochage scolaire et exclusion éducative. Seuls 12,5 % des filles achèvent le secondaire second cycle (MICS 2025). Les grossesses précoces en constituent le principal facteur : 27,6 % des adolescentes de 15 à 19 ans ont déjà connu une naissance vivante, et 60 % des filles mariées, enceintes ou mères sont exclues des établissements éducatifs. Moins de la moitié des établissements disposent de sanitaires conformes aux normes minimales, ce qui freine la fréquentation scolaire dès la puberté. Le niveau d’instruction de la mère est le déterminant le plus puissant de la scolarisation : lorsqu’elle a atteint le niveau secondaire, seuls 13 % des enfants en âge de fréquenter le premier cycle du secondaire n’y sont pas scolarisés, et 36 % pour le second cycle, contre respectivement 49 % et 79 % lorsqu’elle est sans instruction (MICS 2025). Les chocs climatiques — cyclones, inondations, sécheresses — aggravent ces dynamiques en poussant les familles à interrompre la scolarité des filles et en alourdissant leur charge domestique, particulièrement dans les régions rurales.
Santé sexuelle et reproductive. La fécondité adolescente atteint environ 151 naissances pour 1 000 filles de 15–19 ans, et 15 % des décès chez les adolescentes sont liés à la maternité. Seules 21 % des adolescentes de 15 à 19 ans disposent d’une connaissance approfondie du VIH (MICS 2025). Les besoins non satisfaits en matière de planification familiale restent élevés, sur fond de chaîne d’approvisionnement fragile et d’un déploiement encore limité des services adaptés aux jeunes. La gestion de l’hygiène menstruelle constitue un obstacle supplémentaire : 46 % des adolescentes n’avaient aucune connaissance de la menstruation avant leurs premières règles, et seulement 19 % sont capables de réduire leurs douleurs menstruelles si nécessaire (MICS 2025).
Violence, mariage des enfants et pratiques néfastes. Le mariage des enfants est en progression : 42 % des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans (MICS 2025), contre 39 % en 2018, avec des disparités régionales extrêmes allant de 18 % en Capitale à 57,6 % en Atsimo-Atsinanana. Les violences basées sur le genre touchent 26,7 % des adolescentes pour les violences physiques et 11,2 % pour les violences sexuelles ; les filles représentent 95 % des cas de violences sexuelles recensés. 56,2 % des survivantes n’ont jamais demandé d’aide ni parlé à personne (MICS 2025).
Ces trois dimensions sont interdépendantes : le mariage précoce entraîne des grossesses non désirées, qui conduisent au décrochage scolaire, qui réduit la capacité des adolescentes à se protéger contre la violence et à exercer leur autonomie.
c. Une lacune institutionnelle et analytique qui justifie la présente étude
Malgré l’ampleur de ces privations, les adolescentes ne font pas l’objet d’un agenda institutionnel coordonné à Madagascar. Les secteurs de l’éducation, de la santé, de la protection et de l’économie interviennent de manière fragmentée, sans stratégie intégrée ni mécanisme commun de redevabilité. L’audit de genre du Ministère de l’Éducation nationale révèle que seules 8 % des dépenses du secteur ont été investies au profit des filles et des adolescentes — un chiffre qui illustre l’écart entre les engagements pris et les allocations budgétaires réelles. La Politique nationale d’égalité de genre 2025–2035 a été rédigée mais n’a pas encore été validée ; la stratégie nationale de lutte contre le mariage des enfants (2018–2024) s’est achevée sans réduction significative de la prévalence. Le principal goulot d’étranglement n’est pas l’absence de cadres stratégiques, mais les limites de leur mise en œuvre effective, faute de dispositifs opérationnels, de financements dédiés et de preuves de leur rendement économique.
Cette lacune analytique constitue un obstacle majeur à la mobilisation des ressources et à la priorisation budgétaire. Investir dans un ensemble coordonné d’interventions couvrant la prévention du décrochage scolaire, les services de santé sexuelle et reproductive, ainsi que la prévention et la réponse aux violences génère des rendements élevés et cumulatifs : meilleure rétention et réussite scolaires, réduction des grossesses précoces et du mariage des enfants, amélioration de la santé et du bien-être, insertion dans des parcours de compétences valorisables sur le marché du travail. Ces bénéfices sont à la fois mesurables et modélisables, mais ils n’ont jamais été quantifiés dans le contexte malgache. Cette absence prive les décideurs d’une base d’évidence indispensable pour arbitrer en faveur des adolescentes.
d. L’étude, son organisation et le rôle du/de la consultant/e national/e
Dans ce cadre UNICEF veut accompagner le gouvernement de Madagascar à conduire une étude macroéconomique structurée en deux analyses économiques complémentaires et séquentielles : d’abord le coût de la non-action, qui établit la perte économique de référence associée au maintien des privations actuelles et met en évidence les principales lacunes ; puis, sur cette base, le retour sur investissement, qui estime les bénéfices attendus d’interventions ciblées et établit un classement économique des options (smartest investments) en vue de leur priorisation et de leur séquençage. Les deux analyses mobilisent les données nationales disponibles (MICS 2025, EDSMD-V 2021, RGPH3 2018, données administratives sectorielles, comptes nationaux) et donnent lieu à une série de livrables analytiques, dont un rapport final assorti de recommandations de politique publique, restitué lors d’ateliers multi-acteurs.
La réalisation de l’étude repose sur deux profils complémentaires, recrutés séparément par l’UNICEF. Un/e consultant/e international/e senior, spécialiste de la modélisation macroéconomique, conduit l’ensemble du travail analytique et est responsable des livrables de l’étude. Un/e consultant/e national/e, basé/e à Antananarivo, assure l’interface avec les autorités malgaches : il/elle facilite l’accès aux données, organise les consultations et les ateliers de restitution, et garantit la validation des données par les institutions nationales. Les présents termes de référence portent exclusivement sur ce second profil.
Objectifs
II. Objectif général
Sous la supervision de l’UNICEF et en appui au/à la consultant/e international/e senior chargé/e de l’analyse, assurer l’interface avec les autorités nationales malgaches afin de faciliter la réalisation de l’étude macroéconomique sur l’investissement dans les adolescentes à Madagascar.
Le rôle du/de la consultant/e national/e est un rôle de facilitation et de liaison institutionnelle, et non de production analytique : il/elle mobilise les institutions détentrices de données, organise les consultations et les ateliers de restitution, et garantit la validation des données ainsi que l’appropriation des résultats par les autorités nationales. À ce titre, il/elle constitue le point d’ancrage national de l’étude et contribue à sa crédibilité institutionnelle comme à la durabilité de ses effets.
III. Objectifs spécifiques
• Cartographier les institutions détentrices de données et établir l’interface institutionnelle de l’étude : identifier les points focaux au sein de l’INSTAT, du Ministère de l’Économie et des Finances, du Ministère de l’Éducation nationale, du Ministère de la Santé publique, du METFP, du Ministère de la Population et de la Solidarité et de la Banque centrale de Madagascar, et obtenir les autorisations nécessaires à l’accès aux données.
• Faciliter la collecte des données nationales requises par l’étude (MICS 2025, EDSMD-V 2021, RGPH3 2018, données administratives sectorielles, comptes nationaux, données du marché du travail et données budgétaires), en assurer la traçabilité et la transmission structurée au/à la consultant/e international/e, et documenter les lacunes ou limites signalées par les institutions.
• Organiser et faciliter les consultations avec les parties prenantes nationales (ministères sectoriels, INSTAT, agences du Système des Nations Unies, société civile, secteur privé) aux étapes clés de l’étude, et en assurer le compte rendu
• Assurer la validation des données et des hypothèses par les autorités nationales : organiser les séances de revue technique avec les institutions concernées, recueillir et consolider leurs observations, et documenter les arbitrages retenus. Contribuer à la contextualisation des résultats en apportant l’éclairage national nécessaire à l’interprétation des estimations et à la formulation de recommandations réalistes au regard des politiques publiques, des capacités institutionnelles et des cycles budgétaires nationaux.
• Organiser les ateliers de restitution et de dissémination des résultats (logistique, mobilisation et suivi des participants, appui à la facilitation), et appuyer l’appropriation des conclusions par les autorités nationales.
• Appuyer la diffusion des résultats auprès des plateformes et événements nationaux (gouvernement, Système des Nations Unies, partenaires techniques et financiers, société civile, secteur privé) et assurer le suivi des engagements pris lors de l’atelier de validation.
Exigences linguistiques:
Maîtrise du français et du malgache, à l’oral comme à l’écrit ; connaissance de l’anglais appréciée.
Connaissances / Expertise / Compétences :
- Connaissance des enquêtes nationales disponibles : MICS 2025, EDSMD-V 2021, RGPH3 2018, ainsi que des données administratives et budgétaires sectorielles.
- Maîtrise des outils bureautiques et de traitement de données (Excel ; SPSS ou Stata appréciés) pour la préparation et la vérification préliminaire des données.
- Capacité à travailler de manière autonome et à coordonner des processus de collecte auprès de multiples interlocuteurs dans des délais contraints.
- Aptitude à rédiger des comptes rendus et des notes de synthèse claires et structurées en français.
Atouts
Réseau professionnel établi auprès des acteurs institutionnels à Antananarivo et, si possible, au niveau régional.
Advertised: E. Africa Standard Time
Deadline: E. Africa Standard Time